Nanotechnologies, macro-foutage de gueule

Mardi 9 mars 2010 // Presse Nationale

Alors qu”ils se préparent à pointer au chômage, les 114 salariés du centre de recherche ST Ericsson de Caen ont reçu un document qui les a estomaqués.

Il s’agit d`un « plan d’incitation » fixant le montant des futures primes attribuées au personnel de l’ensemble du groupe. Avec un tact qui force le respect, la direction souhaitait recueillir l’avis du comité d`entreprise de ce centre promis à la fermeture. Les ingénieurs et techniciens de Caen, spécialisés dans la recherche en microcomposants pour la téléphonie, sont fous de joie de l’apprendre : ces bonus seront attribués à moins de 10 % des petits salaires de ST Ericsson, mais à 100 % des dirigeants.

Et plus les revenus grimpent, plus l’ « attribution exceptionnelle » sera consistante : jusqu’à 66 % du salaire annuel d’un haut cadre. Cette distribution de fric intervient alors que le groupe –issu du mariage de ST Microelectronics et d`Ericsson - invoque la crise pour conduire une vaste restructuration mondiale, conduisant à supprimer 1 200 emplois, ce qui est déjà dur à avaler.

Mais, pour les chercheurs de Caen, la pilule est encore plus amère. ST Microelectronics, dont l’Etat contrôle 13,8 % du capital, a en effet récemment touché 340 millions d’aides publiques dans le cadre d’un énorme plan de développement des nanotechnologies pour la période 2008-2012. En échange, avait naguère juré la direction, plusieurs centaines d`emplois devaient être créés.

C’est bien parti, comme on le voit.

Heureusement, l`argent de l`Etat va financer les bonus de ces patrons particulièrement vertueux.

J.-F. J.

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Source : Le Canard Enchainé - Édition du 3 Mars 2010